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19 Apr 18 | News

Au Luxembourg, les femmes et les hommes sont-ils représentés de façon égalitaire dans les instances décisionnelles ?

Etude menée par Carole Blond-Hanten, chercheuse au Luxembourg Institute of Socio-Economic Research (LISER).

Le Luxembourg, à l’instar des autres Etats membres de l’UE, et malgré les efforts des dernières décennies, n’a pas réussi à faire disparaître les écarts persistant dans de nombreux domaines entre les femmes et les hommes, comme le montre l’Indice d’Egalité de Genre1. En effet, cet indice mesure le degré d’égalité de genre au sein de l’Union européenne dans six domaines principaux : le travail, l’argent, la connaissance, le temps, le pouvoir et la santé. Sur une échelle de 100,1 représente l’inégalité de genre totale et 100 représente l’égalité de genre totale. L’Indice d’Egalité de Genre global situe la mise en œuvre de l’égalité entre femmes et hommes dans la société luxembourgeoise en 20172à 69, ce qui constitue une nette avancée par rapport à l’indice précédent qui était de 55,2 en 20153. Dans le paysage européen, l’indice global du Luxembourg dépasse légèrement celui de la moyenne européenne (EU-28), qui est de 66,2 ; le Luxembourg est dorénavant bien engagée sur le chemin vers une société égalitaire.

Parmi les six domaines, un seul domaine, celui du pouvoir, affiche un indice d’égalité de genre inférieur à la moyenne européenne (UE-28). Ce domaine mesure la représentation des femmes et des hommes dans les instances décisionnelles aux niveaux politique, économique et social. La moyenne européenne se situant presque à mi-parcours d’une société égalitaire dans ce domaine (l’Indice d’Egalité de Genre U-28 est de 48,5), le Luxembourg, en revanche, se place en-deçà de cette moyenne européenne avec un Indice d’Egalité de Genre de 43,5. Par rapport aux calculs précédents de l’Institut de l’Egalité de Genre, il faut noter la nette progression de notre pays en matière de représentation des femmes et des hommes dans les instances de décision (en 2012, l’indice était de 22,6 et celui de l’UE-28 de 39,7), mais la marge pour atteindre une représentation équilibrée reste importante.

La représentation des femmes et des hommes dans les instances décisionnelles est mesurée dans plusieurs sous-domaines : la politique, l’économie et le social. L’analyse par sous-domaines permet de cibler l’économie comme étant le sous-domaine où l’inégalité de genre est la plus flagrante au Luxembourg. En effet, si aux niveaux politique et social, l’indice est de 51,1 respectivement de 68,2, au niveau économique, il n’est que de 23,5. En d’autres mots, dans ces trois sous-domaines du Pouvoir, des efforts doivent être consentis pour atteindre une représentation équilibrée de femmes et d’hommes dans les instances de décision respectives, mais une attention particulière doit être portée à la situation sur le plan économique où les postes décisionnels sont occupés très majoritairement par des hommes. Il en est ainsi au sein des Conseils d’administration des plus grandes sociétés cotées en Bourse où les postes décisionnels sont occupés à 88,2% par des hommes et 11,8% par des femmes ou encore dans le Conseil d’administration de la Banque Centrale, où ces postes sont actuellement occupés à 88,9% par des hommes et uniquement à 11,1% par des femmes4.

Nous avons voulu élargir l’analyse de la représentation des femmes et des hommes dans les instances décisionnelles au domaine du dialogue social, jusqu’à présent peu étudié au Luxembourg dans une perspective de genre. Dans ce domaine, nous observons également une surreprésentation des hommes aux postes décisionnels. Ainsi, la représentation des femmes au sein de la Chambre des Salariés dépasse tout juste le quart des sièges (28%), avec des variations selon les secteurs. La composition est similaire dans les commissions, à l’exception de la Commission de l’Egalité où les hommes ne sont pas représentés tout5. Au sein des syndicats, un terrain traditionnellement masculin, on constate une surreprésentation des hommes, avec cependant des degrés de variation selon le syndicat et parfois des fonctions occupées « de manière bicéphale genrée », à savoir par une femme et un homme. En ce qui concerne le dialogue social au niveau des entreprises, au sein des délégations du personnel, les fonctions de présidente et vice-présidente se répartissent de manière suivante : un quart de femmes (25,5%) et trois-quarts d’hommes (74,5%) exercent ces fonctions (Enquête IRP6).


Article rédigé par le LISER, paru dans Femmes Magazine, édition mars 2018


[1] Gender Equality Index 2017: Measuring gender equality in the European Union 2005-2015 – Report. European Institute for Gender Equality, Publications Office of the European Union, 10 October 2017. http://eige.europa.eu/rdc/eige-publications/gender-equality-index-2017-measuring-gender-equality-european-union-2005-2015-report

[2] Le rapport de l’Institut Européen de l’Egalité de Genre de 2017 se rapporte à la situation des Etats membres de 2015.

[3] Le rapport de l’Institut Européen de l’Egalité de Genre de 2015 se rapporte à la situation des Etats membres de 2012.

[4] http://eige.europa.eu/gender-equality-index/2015/domain/power/LU

[5] Site internet de la Chambre des Salariés (www.csl.lu), consulté en mai 2017.

[6] L’enquête IRP (Institutions de Représentation du Personnel) est conduite en 2013 par le LISER dans le but de faire l’inventaire du dialogue social dans les entreprises et les secteurs en vue de comprendre les pratiques de négociation des délégations du personnel. L’enquête s’adresse aux délégations du personnel d’un échantillon représentatif de 2814 entreprises implantées sur le territoire luxembourgeois et occupant plus de 15 salariés.