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18 Jul 18 | News

Une taxe sur le sucre au Luxembourg... Que pouvons nous apprendre de sa mise en place au Chili ?

Une nouvelle étude révèle l’efficacité d’une taxe pour réduire la consommation de boissons sucrées

Madame la ministre de la Santé, Lydia Mutsch, a proposé l’idée d’une taxe sur le sucre en août 2017. Comme les pourparlers sont en cours, il n’est pas encore prévu d’adopter une mesure, mais les dernières conclusions d’un rapport réalisé en collaboration avec le LISER pourraient être utiles pour définir la politique au Luxembourg en la matière. Il est possible qu’une loi tombera sur le prochain gouvernement en 2018.

Dr. Marc Suhrcke, Professeur de ‘Global Health Economics’ à l’Université de York et chercheur au LISER, a en effet coordonné une équipe de recherche internationale qui a travaillé à mettre en évidence des preuves rares de l’impact d’une taxe sur les boissons sucrées sur le choix des ménages à acheter des boissons plus saines ou non.

Cette nouvelle taxe sur le sucre, introduite sur les boissons gazeuses au Chili en 2014, a été efficace pour réduire la consommation de boissons sucrées, comme l’a révélé une nouvelle étude menée par l’équipe de recherche.

Cependant, l’équipe, menée par des universitaires de l’Université de York en collaboration avec le LISER, affirme que même si la consommation a baissé, elle n’est peut-être pas suffisante pour réduire les inégalités socioéconomiques dans le domaine de la santé liée à l’alimentation.

Un nombre croissant de villes et de pays ont adopté des taxes sur les boissons sucrées afin de lutter contre la consommation de sucre, qui est responsable de l’augmentation du taux d’obésité.

L’équipe a donc analysé les données sur les achats d’épicerie des ménages chiliens pendant trois ans avant l’introduction de la taxe et pendant un an après. La politique visait toutes les boissons non alcoolisées auxquelles des colorants, des arômes ou des édulcorants ont été ajoutés.

Pour les boissons ayant une teneur en sucre ajouté de 6,25 grammes par 100 ml ou plus, la taxe existante a été augmentée de 13% à 18% ; tandis que pour celles en dessous de ce seuil, la taxe a été réduite de 13% à 10%, produisant une différence fiscale de 8%.

Par exemple, le changement de taxe, s’il est entièrement transmis au consommateur, ferait passer le prix d’une boisson sucrée de 500 ml de 500 pesos (0,66 euro) à 525 pesos (0,69 euro) et ferait passer le prix d’une Une taxe sur le sucre au Luxembourg... Que pouvons nous apprendre de sa mise en place au Chili ? Esch-sur-Alzette 16 juillet 2018 boisson non sucrée de même prix à 485 pesos (0,60 euro).

Les résultats montrent que, bien que l’incitation fiscale soit relativement faible, certains signes indiquent que l’achat de boissons à plus forte teneur en sucre a diminué, en particulier dans les groupes socioéconomiques élevés.

De plus, l’étude a révélé une diminution globale de 21,6% du volume d’achat mensuel des boissons gazeuses sucrées plus taxées. Parmi les groupes socioéconomiques moyens et élevés, le volume mensuel des achats a diminué respectivement de 16% et 31%. Il y a eu une réduction de 12% du volume d’achat pour le groupe socioéconomique faible. Cependant, cela était statistiquement insignifiant. En revanche, le volume des boissons gazeuses non sucrées, pour lesquelles le taux de taxation a été réduit, n’a montré aucune augmentation du volume des achats pour aucun groupe socio-économique.

Dr. Marc Suhrcke a déclaré : « Les résultats suggèrent que la politique fiscale chilienne a peut-être été efficace pour réduire la consommation de boissons sucrées, mais pas nécessairement pour réduire les inégalités socioéconomiques en matière de santé liée à l’alimentation. D’autres évaluations sont nécessaires pour analyser l’effet de la politique sur l’achat de boissons gazeuses à long terme ainsi que pour évaluer l’impact sur les résultats de santé. »

Le professeur Cuadrado de l’Université du Chili, co-auteur de l’article ci-après cité1, a de son côté déclaré : « Nos résultats suggèrent une réduction globale de la consommation de sucre après la mise en place de la taxe au Chili. Du point de vue de la santé publique, même une petite réduction de la consommation en sucre au niveau de la population pourrait générer des bienfaits importants en matière de santé. »

Il a ajouté : « D’autres pays pourraient se réjouir de nos résultats, en ce sens qu’ils indiquent que l’incitatif fiscal n’a pas besoin d’être énorme pour avoir un impact. Cela montre aussi qu’il peut y avoir plus d’une façon d’appliquer une taxe sur les boissons sucrées avec un certain succès. »

Un article1 a donc été publié dans la revue PLOS Medicine et a fait l’objet d’une collaboration avec des collègues de l’Université Hitotsubashi de Tokyo, l’Université du Chili, Santiago et le Luxembourg Institute of Socio-Economic Research (LISER), Luxembourg.


1. NAKAMURA Ryota, MIRELMAN Andrew J., CUADRADO Cristóbal Alfonso, SILVA-ILLANES Nicolas, DUNSTAN Jocelyn, SUHRCKE Marc. Evaluating the 2014 sugar-sweetened beverage tax in Chile: An observational study in urban areas. PLoS Medicine, 2018, doi: http://doi.org/10.1371/journal.pmed.1002596