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31 Jul 19 | News

Le télétravail, un phénomène dans l’air du temps

Opportunités, choix et bénéfices pour les salariés au Luxembourg

Dans le cadre d’une étude financée par le Réseau d’études sur le marché du travail et de l’emploi (RETEL), le Dr. Laetitia Hauret du Luxembourg Institute of SocioEconomic Research (LISER) a analysé les déterminants à la pratique du télétravail et ses effets sur le bien-être des salariés, et a publié un rapport intitulé : HAURET Laetitia. Télétravailler : Opportunités, choix et bénéfices. LISER, 2019, Les Rapports du LISER, 46 p.

La pratique du télétravail est davantage une question d’opportunité que de choix

Si de nombreuses études se sont intéressées à quantifier l’usage du télétravail et à décrire la population des télétravailleurs, moins nombreuses sont celles qui se sont penchées sur les différents déterminants qui conduisent un salarié à télétravailler. La présente étude s’intéresse à ces déterminants, en prenant soin de distinguer ceux qui relèvent de l’opportunité, de ceux qui relèvent du choix. Pour cela, elle s’appuie sur les données de l’enquête Conditions de travail et qualité de vie au travail menée en 2013 auprès des salariés du secteur privé luxembourgeois.

Pour pouvoir télétravailler, il faut d’abord que l’emploi le permette. Or, certains emplois ne permettent pas de travailler en dehors de son lieu de travail. En 2013, à peine la moitié (48%) des salariés du secteur privé luxembourgeois estimaient que leur emploi se prêtait au télétravail.

Ensuite, lorsque le télétravail peut se concevoir, l’entreprise doit donner l’opportunité à ses salariés d’y recourir. Or, il existe de nombreux freins au développement du télétravail au sein des entreprises (crainte de perdre le contrôle sur le temps de travail des salariés, nécessité de repenser le mode de management ou de développer la sécurité du système informatique, etc.…). En 2013, les trois quarts des salariés ayant un emploi qui se prêtait au télétravail déclaraient que leur entreprise ne leur accordait pas la possibilité de télétravailler.

C’étaient donc 88% des salariés qui déclaraient ne pas avoir l’opportunité de télétravailler : la moitié (52%) du fait de la nature de leur emploi et les autres (36%) parce que leur entreprise ne le leur permettait pas. Quant aux 12% de salariés ayant l’opportunité de choisir cette méthode de travail, la très grande majorité (80%) pratiquait le télétravail au moins occasionnellement.
La pratique du télétravail est donc davantage une question d’opportunité : les obstacles à l’adoption du télétravail se situent plus du côté des caractéristiques de l’emploi et des pratiques des entreprises que du salarié.

Encourager la digitalisation et repenser les pratiques managériales pour développer la pratique du télétravail

Deux pistes principales peuvent être envisagées pour développer la pratique du télétravail.

La première vise à encourager la digitalisation au sein des entreprises puisque le progrès technique, via notamment l’usage des technologies de l’information et de la communication, permet d’augmenter le nombre d’emplois pour lesquels le télétravail est possible.

La seconde aurait pour objectif d’accompagner les entreprises dans la refonte de leurs pratiques managériales. Le recours au télétravail par les entreprises suppose, en effet, le passage d’un modèle de management basé sur le présentiel et sur le contrôle, à un modèle de management basé sur la réalisation d’objectifs et la confiance mutuelle.

La pratique du télétravail n’est pas liée à la satisfaction au travail

Le télétravail est souvent présenté comme permettant d’accroître le bien-être des salariés. Toutefois, il comporte des risques pour les salariés tels que l’isolement, le travail en débordement (travail en dehors des heures normales de travail). Ces risques peuvent alors contrebalancer les effets positifs, voire les annihiler.

L’étude montre que le télétravail est lié positivement au travail en débordement, sans toutefois que le sens de causalité puisse être identifié. Quant au lien entre télétravail et stress professionnel, il n’est pas significatif. Enfin, l’étude révèle que l’usage du télétravail n’est pas lié à la satisfaction au travail.

Dr. Laetitia Hauret
Département ‘Marché du Travail’